Un disciple de Confucius rencontre Dieu

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Autrefois disciple zélé de Confucius, le chinois Hsi rencontre le Dieu de la Bible.

 
 

La vie du pasteur Hsi fait penser aux chrétiens de l’Eglise naissante dans tout l’élan de leur premier amour. Ce chapitre relate l’épisode le plus important de sa vie : sa volte-face de lettré chinois confucianiste en chrétien militant.

 
 
 

Quelque chose d’inouï s’était passé au village d’Ouest-Chang, situé au pied des montagnes : sa quiétude habituelle avait été troublée ! Loin des bruits du monde, au cœur de la Chine, ces villageois savaient peu de chose des affaires qui agitaient les nations, ou ne s’en souciaient pas. Les petits événements du district, les faits et gestes des potentats locaux, les vicissitudes de fortune de leurs voisins et amis, voilà quels étaient les thèmes absorbant leur intérêt.

Maints changements avaient eu lieu en ces dernières années. Quelques habitants rappelaient les jours anciens de bonheur et de prospérité, alors que « la fumée étrangère » (l’opium) était inconnue au Chansi. Ils pouvaient raconter les guerres désastreuses faites à leur patrie par « les barbares d’au-delà », l’extension fatale de l’opium et la sécheresse qui avait réduit à la famine et la mort des millions d’êtres humains. Toutefois, le cas actuel était sans précédent et, tout en fumant leur pipe, les doyens du village discutaient la situation nouvelle.

Le fait n’était que trop certain : Hsi, le lettré, était devenu chrétien ! Ou, pour le dire plus crûment, avait été ensorcelé par les « diables étrangers ». Deux ans auparavant déjà, lorsque ceux qui prêchaient la nouvelle religion étaient apparus pour la première fois, les gens sensés avaient prévu que « les têtes folles » de la localité deviendraient sûrement la proie de leurs enchantements. Mais qui aurait imaginé que le premier individu pris dans leur filet serait Hsi l’érudit, un homme de qualité, influent, un disciple de Confucius !… Devenir chrétien, quelle calamité !

 

 

Hsi avait toujours manifesté de l’antipathie pour les étrangers, or ces sentiments si louables et si patriotiques avaient fait place à une affection extraordinaire à leur égard. Il avait consenti à être leur professeur, à vivre quelque temps avec eux, s’identifiant avec leurs manières d’agir suspectes. Ses idoles longtemps vénérées étaient délaissées, même mises en pièces et brûlées, disait-on. Ses tablettes ancestrales n’étaient plus l’objet d’aucun culte, le parfum de l’encens était banni de son foyer ! Chose étrange aussi, sa passion pour l’opium avait disparu; quel mystère pour tous ceux qui l’avaient connu esclave de ce vice, considéré incurable dans l’état de dégradation où Hsi était descendu ! Ce miracle s’était fait soudainement, et Hsi paraissait ne plus même éprouver le besoin de fumer.

Le temps qu’il dépensait à préparer et à fumer l’opium était maintenant consacré aux rites particuliers de sa nouvelle religion. Jour et nuit on pouvait le voir penché sur les livres que lui avaient apportés les maîtres étrangers; parfois, il chantait tout haut, le plus drôlement du monde, ou bien il lisait tranquillement des heures durant, ou bien, agenouillé sur le sol, les yeux fermés, il parlait au Dieu des étrangers, qu’on ne pouvait ni voir ni entendre, et qui n’avait aucun autel dans sa demeure. Mais ce qu’il y avait de plus extraordinaire dans tout cela, c’est que Hsi paraissait continuellement heureux, débordant de satisfaction…

« En mangeant la religon étrangère », la position matérielle du savant n’était pas devenue plus avantageuse. Si les missionnaires avaient acheté sa foi au prix de grandes sommes d’argent comme on le disait, Hsi en tous cas n’avait rien à cacher. Loin de vivre dans le luxe ou l’oisiveté, il avait aussitôt manifesté les tendances opposées, et oubliant sa dignité d’érudit, il recherchait les travaux manuels. Quand on le critiquait, il répondait simplement qu’il apprenait à exploiter son domaine avec plus de soin.

 

 

Mais qui avait jamais entendu parler d’un lettré maniant la houe, gardant le bétail, vannant le grain, ou recueillant le combustible de ses propres mains ? On ne pouvait le nier : maison et ferme s’amélioraient à ce nouveau régime, mais quelle maigre compensation pour la perte de sa position sociale et la désaffection de ses égaux et amis !…

Le bruit courut bientôt qu’il s’était soumis à la « cérémonie de l’ablution » (expression chinois pour désigner le baptême)… Une chose était certaine : le renégat n’échapperait au jugement du ciel. Indépendant de tout contrôle, d’âge à savoir se conduire, il était libre d’agir à sa guise; mais la vengeance des dieux fondrait sur lui. Soumis à de funestes influences, il aurait tôt ou tard à en souffrir; sa santé et sa vigueur n’étaient qu’illusion. La terrible gravité de sa faute serait bientôt démontrée.

 

 

Hsi n’en continuait pas moins paisiblement son chemin, nouvel homme dans un monde nouveau. Une grande lumière, plus éclatante que le soleil avait lui devant ses yeux. Renouvelé en esprit, simple comme un petit enfant, son cœur bondissait d’amour et de joie. Dans la réclusion de leur demeure, les femmes de sa domesticité furent les premières à apprécier le changement survenu chez Hsi. Sa gentille épouse le constata tout particulièrement. La vie lui avait apporté de douloureuses déceptions. En Chine, n’avoir point de fils est une calamité qui dépasse toutes les autres et entraîne souvent le divorce ou l’esclavage.

Son fils unique était mort enfant. Cette affliction et cette honte avaient assombri sa route. Mais son mari, bien différent des autres, ne l’avait pas vendue et n’avait pas pris de rivale, bien qu’il put le faire à tout instant, ce qui faisait trembler son cœur de femme. Cependant, de tempérament prompt et impérieux, même en ses meilleurs moments, c’était un homme redoutable dans les éclats de sa passion. Aujourd’hui, quel changement ! Quelle douceur dans tout ce qu’il faisait ! Quelle patience et quelle sollicitude à son égard pour l’amener à partager sa nouvelle foi !

Jour après jour, en face de tout cela, la colère et le dépit de Mme Hsi se calmèrent. Bien qu’abusé, son mari était évidemment sincère, et elle commença à désirer connaître son secret. Se réveillant la nuit, elle le voyait encore absorbé par son Livre ou à genoux, parlant à cette divinité invisible, dont la présence était une réalité pour lui. Et comment expliquer la persistance qu’il mettait à rassembler la maisonnée pour son nouveau culte, s’il n’en attendait pas une bénédiction véritable ?… Fallait-il s’étonner si tout le voisinage les tournait en ridicule ?

 

 

Ce n’était pas par bravade que l’ex-confucianiste s’était nommé « Vainqueur des démons » : asservi à un vice qu’il haïssait, sous la tyrannie d’une puissance plus forte que ses meilleures résolutions, il avait roulé dans les abîmes infinis de la souffrance et de la dégradation… Aussi, lorsqu’il trouva dans le Christ vivant l’espoir d’être libéré, son cœur le saisit-il par une foi ardente. Il voulait témoigner de sa délivrance, exprimant ainsi sa confiance dans l’Esprit-Saint et attestant que nous sommes engagés dans un combat qui n’est pas « contre la chair et le sang ».

De nos jours, on a une tendance à mettre en doute l’existence personnelle de Satan, ayant à ses ordres des légions d’émissaires qui accomplissent sa volonté. Il ne faut peut-être pas s’en étonner car en pays chrétien, la puissance de Satan est déguisée, et il se nuirait à lui-même en s’y montrant sous son véritable aspect. Il vient à nous en ange de lumière (2 Cor. 11:14-15). Il n’en est pas de même en pays païens. Là il règne; sa tactique est manifeste et son but apparent. il ne viendrait jamais à l’esprit d’un chinois de douter des démons, comme on le fait de plus en plus en Occident…

 

 

Impossible donc pour Hsi de ne pas parler de son Sauveur : il le fit jusqu’à son dernier souffle. Bien qu’appelé par Dieu à prêcher Christ, au près et au loin, il comprit tout de suite que l’Évangile doit, en premier lieu, être vécu au foyer. Son premier message devait être pour sa femme, pour sa mère et ses amis : que d’amour et de patience il lui faudrait…

Songeait-il autrefois à leur enseigner quoi que ce fut ? Ne sachant ni lire ni écrire, elles n’avaient eu aucune part à ses études de confucianisme, et tout à coup, on eut dit qu’il s’agissait du plus précieux trésor de la terre !

Et, fait étrange, les choses qu’il leur lisait étaient parfois sublimes et répondaient à la soif de leur cœur. Le livre qu’il leur lisait ne ressemblait à aucun autre… On ne pouvait qu’aimer Jésus ! Impossible de retenir ses larmes en voyant grandir l’ombre projetée par la croix sur sa vie merveilleuse ! quel mystère qu’un tel homme ait dû mourir ainsi ! Les dieux ne pouvaient-ils donc pas intervenir ? Et que signifiait sa sortie du tombeau et ce que dit le Livre, qu’il est vivant maintenant, et près de nous, avec la même puissance, le même amour ? Comment comprendre cela ? Et pourtant, plus la lecture avançait, plus on en était avide.

 

 

Le changement d’attitude qui survint chez tous les voisins de Hsi est peut-être la meilleure preuve de la sincérité de son christianisme. Ceux qui nous voient de près savent parfaitement comment nous vivons. C’est le cas en Chine surtout… Il y avait deux ans à peine que ses connaissances lui avaient tourné le dos, prédisant toute espèce de calamités, mais la logique des faits leur fit voir qu’après tout, son erreur n’était pas dangereuse. Une chose était certaine, leur compatriote n’en était que plus gai et meilleur. Ses relations de famille étaient heureuses, et sa propriété bien entretenue. De plus il y avait en lui une étrange puissance : son amabilité jusqu’alors inconnue et sa conduite digne et calme exerçaient une influence indéfinissable, que tous ressentaient, sans pouvoir l’expliquer. Le résultat en était un plus grand respect pour le lettré chrétien, sinon pour la religion qu’il professait.

L’époque des élections locales approchait : il s’agissait de repourvoir le poste convoité de maire du village et de président du Conseil communal, auquel se rattachaient d’importantes charges : l’élu était responsable de la rentrée des impôts, de l’exécution des lois, de la défense des privilèges communaux, de l’entretien des temples et des bâtiments publics, et il avait à fixer la date des fêtes de chaque saison de l’année. De l’énergie et de l’expérience étaient de rigueur, tout autant qu’un sens moral élevé, suivant la conception chinoise tout au moins. Plus la question était débattue, plus cela paraissait une absurdité de songer à cette candidature. Quelle obsession cela devenait pour les électeurs ! Mais l’opinion fut unanime à déclarer que personne n’était mieux qualifié pour la place vacante que Hsi le savant, maintenant qu’il n’était plus fumeur d’opium !

Étrange conclusion, n’est-ce pas ? C’est que les chinois sont intelligents, et que la valeur pratique des principes chrétiens ne leur avait pas échappé. Aussi, les anciens du village soumirent-ils à Hsi l’étonnante requête, en vue du bien de la localité, de se sacrifier au point d’assumer toutes les responsabilités mentionnées. -« Mais, doyens respectés » s’écria le lettré, « vous oubliez que je suis chrétien maintenant et, par conséquent, peu propre à vous servir, quand bien même j’apprécierais ce privilège. »

-« Vos convictions nouvelles sont affaire de conscience » répliquèrent-ils, embarrassés, « et ne doivent aucunement entrer en ligne de compte. »

-« Vous devez avoir remarqué, honorés voisins, que votre frère est continuellement occupé à vaquer aux intérêts de l’Eglise de Jésus-Christ. Je n’ai ni jour ni nuit de loisirs pour les préoccupations ordinaires, et je n’ai du reste aucun désir de me vouer aux affaires de ce monde, si élevée que soit la position offerte. »

Inutile de refuser ! Son élection fut prononcée à l’unanimité, et Hsi informé du fait accompli !

-« Honorables pères, si vous me forcez à accepter cette charge, j’ai deux choses à stipuler, au sujet desquelles je serai inébranlable » fut sa réponse

-« Quoi que vous demandiez, nous ne refuserons pas : vos désirs feront loi. »

-« Vous me comblez mes amis; ma première condition est de n’avoir rien à faire avec les sacrifices offerts aux idoles ou avec les fêtes du temple et de saisons. Je ne cesserai de demander à Dieu la prospérité du village et d’abondantes récoltes, mais je ne compromettrai à aucun prix l’honneur de son Nom. »

Au grand étonnement de Hsi, cette condition fut acceptée. L’efficacité de ses prières au Nom de Jésus n’était pas passée inaperçue, et tous étaient d’accord quant à ses intercessions en leur faveur. La seconde demande de Hsi, par contre, était inattendue. « Si j’accepte la position » continua-t-il, « non seulement je n’offrirai aucun sacrifice aux idoles, mais je demande que le village, dans son ensemble, fasse de même. Si vous fermez le temple et me promettez qu’aucun culte public ne sera rendu aux dieux durant l’année, alors et seulement alors, je consentirai à être à votre service. »

Excitée et récalcitrante, l’assemblée se dispersa en criant : « Cette condition là est inadmissible. Inutile d’en parler. Nous refusons. »

-« Alors, reprit Hsi gravement, je ne puis pas non plus agréer votre proposition. » Un calme plat s’établit… Mais lorsqu’on demanda au chrétien une nouvelle entrevue, il trouva ses voisins prêts non seulement à voter sa motion, mais encore à en valider l’acte d’exécution.

 

 

Tout alla bien malgré cette curieuse anomalie. Hsi fit de son mieux et pria beaucoup. L’année écoulée, il se trouva que les affaires du village n’avaient jamais été aussi prospères, et le résultat en fut la réélecton de l’ancien confucianiste. Il s’acquitta à nouveau de ses devoirs administratifs comme d’une oeuvre pour le Seigneur et les moissons furent bénies, les finances en bon état, la paix et le contentement prévalurent. Il s’ensuivit que, pour la troisième fois, les élections furent en sa faveur avec acclamation ! Rien ne fut changé aux bases du traité. Ainsi, durant trois années consécutives, le temple demeura fermé et l’on suspendit les fêtes publiques en l’honneur des dieux. Malgré cela, la prospérité du village fut évidente.

Au terme de la troisième année, ses labeurs d’évangélisation et autres s’étaient tellement accrus qu’il lui eut été impossible de continuer à remplir honnêtement ses fonctions communales. Courtoisement, il déposa son mandat et, chaleureusement félicité pour les services rendus, il répondit en souriant : « Je crois en tous cas vous avoir épargné une dépense inutile » et il ajouta : « En attendant, les idoles doivent mourir de faim ! Épargnez-vous la peine de les ranimer ! » La leçon était pratique et porta ses fruits.

Ce témoignage est un extrait du livre « Un chrétien chinois, le pasteur Hsi ».

L’équipe Connaître la Vérité

Ce témoignage est un extrait du livre "Un chrétien chinois, le pasteur Hsi"


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