Le vieux trappiste

Le vieux trappiste Partager Commenter
Comment la rencontre d’un jeune désespéré avec un vieux moine trappiste fut-elle source d’un bouleversement pour le moins inattendu…

 
 
 

Tourmenté à cause de ses nombreux péchés, un jeune homme décida de se rendre en Sicile chez des moines trappistes pour essayer d’obtenir la faveur de Dieu et d’échapper au jugement dont il avait entendu parler dans son enfance. Une surprise l’y attendait en effet, loin de tout ce qu’il avait imaginé faire pour se racheter… Il raconte lui-même :

 
 

bigquote Né en Allemagne, j’ai été élevé dans la religion catholique romaine. A peine sorti de l’enfance, j’abandonnai toutes les formes religieuses qui m’avaient été enseignées jusque là et me lançai à corps perdu dans les plaisirs les plus débridés. Non content de satisfaire mes propres convoitises, j’en entraînais d’autres avec moi. Cependant, même parmi mes compagnons de débauche, il n’y en avait aucun d’aussi effronté que moi. Mais aussi incompréhensible que cela soit, c’est de cette perversité que Dieu allait se servir pour réveiller ma conscience.

Un soir, de retour d’une orgie, je fus saisi par cette pensée : « Et si, après tout, le jugement de Dieu était vrai… ? » Ce que j’avais entendu dire sur le Christ, sur le jugement des vivants et des morts, sur l’étang de feu et de souffre, seule issue pour les impies, tout se dressait là maintenant, devant moi, et je pensais : « Si quelqu’un doit être précipité en enfer, c’est bien moi, car sûrement personne n’a jamais péché comme moi je l’ai fait ! »

J’étais encore jeune. Ma vie n’avait été jusque là qu’une longue fête insouciante, mais dès ce moment tout bascula. Terrifié à la pensée de ce qui m’attendait, je quittai mes compagnons de débauche et m’abandonnai au désespoir. J’essayais parfois de me ressaisir pour sortir du gouffre dans lequel je me sentais glisser, mais rien n’y faisait. J’avais retenu de l’enseignement de l’Eglise dans mon enfance que, en me retirant dans un couvent et en y faisant pénitence, je pourrais peut-être échapper aux peines éternelles. Mon âme aurait certainement à subir des milliers d’années de purgatoire, mais qu’était-ce en comparaison de l’enfer qui se dressait devant moi… Mais voilà, je ne connaissais aucun couvent ni aucune congrégation dont la règle fut assez sévère pour expier des péchés comme ceux que j’avais commis. La plupart du temps les moines vivaient dans le luxe et la mollesse, faisant bonne chère et jouissant des biens de ce monde…

 
 
 

Enfin, j’entendis parler d’un monastère qui semblait répondre à ce que cherchais. Voici ce qu’était, à cette époque du moins, la vie de ces moines trappistes :

Tous les jours ils doivent quitter la planche qui leur sert de lit à deux heures du matin, minuit lors des grandes fêtes. Puis, jusqu’à sept heures ils assistent aux offices. Aussitôt après ils sortent cultiver les champs; leur travail est des plus pénibles et ni froid, ni chaleur ni tempête ne les arrête. Toute l’année, de jour comme de nuit, ils portent le même vêtement de laine grossière. Il leur est défendu de l’enlever et de le laver. A dix heures et demie ils sont autorisés à manger un peu de pain et quelques bouchées de légumes arrosées d’un peu d’eau. Chaque trappiste ne reçoit que trois cents grammes de nourriture par jour. Ils retournent à leur travail jusqu’à cinq heures de l’après-midi. Ils ne l’interrompent que pour assister aux offices ou pour se livrer quelques minutes à une lecture sérieuse. Quand arrive la nuit, ils se réunissent dans le réfectoire du couvent pour le second et dernier repas de la journée qui se compose de pain et d’eau. Les murs de la salle sont tendus de tapisseries noires, avec des tableaux effrayants : squelettes, cadavres, scènes de purgatoire. Les offices reprennent jusqu’à huit heures puis les moines regagnent leur cellule. Si l’un d’eux tombe dangereusement malade, il échange son lit de planches pour une couche de poussière et de cendres étendues sur le carreau. C’est là tout l’ameublement de la cellule, à l’exception d’une couverture et d’un crâne.

Les moines doivent respecter entre eux le silence absolu. Le dimanche seulement, pendant une heure, ils reçoivent la permission de s’entretenir de sujets religieux. Ils ne peuvent travailler dans le voisinage les uns des autres. Il leur est défendu de se nommer ou de faire la moindre allusion à leur histoire passée. L’un de ces malheureux, ne pouvant supporter la vie dure qui lui était imposée, mourut de fatigue et de privations. Une année après, on pouvait remarquer le vieux moine qui l’avait soigné en silence durant sa maladie, debout, les bras croisés, en contemplation devant la pierre tombale sur laquelle était gravé le nom du défunt. Personne ne lui posait de question et ne pouvait deviner la cause de la tristesse croissante de ce vieil homme. Dix ans plus tard il mourut à son tour. En lisant son nom inscrit sur la pierre, les moines apprirent qu’il était le père du jeune-homme mort si longtemps auparavant.

Telle est la règle journalière à laquelle chaque moine doit se soumettre. Mais outre cela, chacun est libre de s’infliger des pénitences spéciales qu’il croit devoir subir. L’un d’eux portait autour de la taille une corde si étroitement nouée qu’elle finit par pénétrer dans ses chairs. Un autre se fustigea au moyen d’une lanière de cuir terminée par une pointe de fer. Un troisième mêlait de la poussière ou de la boue à sa ration d’eau… Il est facile d’inventer des moyens de torture, mais il est impossible d’imposer silence à une conscience tourmentée. Les années passent, sans amener ni l’oubli, ni la paix aux habitants de la Trappe qui, peut-être pour les mêmes raisons que notre jeune-homme, y sont entrés un jour.

 
 
 

Lorsque j’entendis parler de ce monastère, je fus rempli de joie et je n’hésitai pas un instant à me rendre en Sicile pour essayer d’avoir une place parmi ces moines. Le voyage était long et moi fort pauvre. Je résolus donc de faire la route à pieds, en mendiant le long du chemin. Il me fallut plusieurs mois pour atteindre le détroit de Messine. Ce dernier obstacle franchi, le vieux monastère était maintenant en vue, avec ses hautes murailles et ses sombres tours. A bout de forces, je me traînai jusqu’à la porte dérobée qui y donnait accès. Je frappai. La lourde porte tourna sur ses gongs rouillés, et un moine parut. Il semblait très âgé et presque infirme. D’une voix chevrotante il me demanda ce que je désirais. « Je voudrais trouver le salut » répondis-je.

Le vieillard leva vers moi le regard bienveillant de ses yeux ternis par l’âge. « Suivez-moi » dit-il, et il me conduisit dans une petite chambre toute proche où nous étions seuls. « Maintenant jeune-homme, dites-moi plus en détail ce qui vous amène ici. » A cœur ouvert, je lui racontai tout : « J’ai été le pire des voyous, ajoutai-je, aussi je ne crois pas pouvoir jamais atteindre au salut. Cependant, tout ce qui est encore possible de faire, je voudrais le tenter; peut-être aurai-je une chance, si petite soit-elle, d’échapper aux peines éternelles. Pour cela je sais que je dois subir les pénitences les plus rigoureuses. Les règles sévères de votre monastère seront-elles suffisantes, je ne sais; c’est ce qui m’a amené ici. Dites-moi ce que je dois faire; je serai trop heureux de me soumettre à l’ordre. »

« Dans ce cas mon ami, si vous voulez m’en croire, retournez immédiatement en Allemagne. Il en est UN qui est venu ici-bas et qui a accompli tout ce qu’il y avait à faire pour votre salut, et cela, longtemps avant votre arrivée ici. Il l’a fait à votre place, il ne vous reste rien à faire sinon croire que Lui a tout accompli. »

 
 

Je le regardai stupéfait : « Qui a fait cela ? » demandai-je quand j’eus retrouvé la voix. –« N’avez-vous jamais entendu parler du Seigneur Jésus-Christ ? » Interrogea le vieillard. –« Sans doute, tout le monde a entendu parler de Lui ! » -« Le connaissez-vous ? » insista le moine. –« Naturellement, Il est dans le ciel ! » -« Mais dites-moi, savez-vous pourquoi Il est dans le ciel ? » continua mon interlocuteur en me regardant bien en face. –« Je n’en sais rien… je pense qu’Il a toujours été là-haut… » -« Non, Il n’a pas toujours été là-haut » répondit gravement le vieillard, « Il est descendu dans ce monde pour accomplir l’oeuvre que vous voulez faire vous-même. Il est venu subir le châtiment que vos péchés avaient mérité. Il est dans le ciel maintenant, parce que l’oeuvre est achevée… car son but était d’abolir le péché par son sacrifice, subissant Lui-même à notre place la condamnation qu’exigeait, en effet, la sainteté de Dieu… S’il restait quelque chose à faire, il ne serait pas remonté au ciel. Et maintenant, si vous voulez ajouter un péché de plus à votre vie dissolue et commettre quelque chose de pire encore, vous resterez dans ce lieu et prouverez ainsi que vous méprisez l’oeuvre parfaite du Fils de Dieu. Ce sera dire : Christ n’en a pas fait assez.

Je dois ajouter quelque chose… Il peut vous paraître étrange que je demeure dans une maison où Christ est pareillement méconnu, mais je suis très vieux, et c’est à peine si je peux me traîner jusqu’à cette porte. N’ayant plus la force de quitter ce lieu, j’attends le moment où le Seigneur Lui-même m’appellera auprès de Lui… Mais vous, vous pouvez partir. Je vous en conjure, retournez auprès de vos amis et dites leur quelles grandes choses Dieu a faites pour vous. J’obtiendrai pour vous l’autorisation de séjourner ici trois jours; pendant ce temps je vous dirai tout ce que je sais au sujet de Christ. Après cela, vous vous mettrez en route pour regagner votre patrie. »

C’est ce qui eut lieu. pendant trois jours je demeurai à la Trappe et mon ami me parla de Christ. Il me dit que non seulement il était mort pour moi, mais qu’aussi Il était ressuscité afin que par Lui j’aie la vie éternelle. Il me dit encore que Jésus m’avait acquis une place dans le ciel où Il m’attendait maintenant, moi, et tous ceux qui croient en son Nom.

Je suis revenu en Allemagne et, depuis ce moment-là, je m’efforce d’annoncer à tous ceux qui veulent m’entendre, la bonne nouvelle de l’oeuvre parfaite accomplie par le Seigneur Jésus-Christ. bigquote2

 
(Source : Voix dans le Désert N°312)
 
 
 

« Repentez-vous et croyez à la bonne nouvelle ! » (Ev. de Marc 1:15)

 

« Car Dieu a tant aimé le monde qu’Il a donné son Fils Unique, afin que quiconque croit en Lui ne périsse pas, mais qu’il ait la Vie éternelle ! » (Ev. de Jean 3:16)

 

« Celui qui croit en Moi vivra, quand bien même il serait mort ! » (Ev. de Jean 11:25)


0 Lire et Commenter

Commenter

error: Contenu protégé !