Esclave de Mammon

Esclave de Mammon
Témoignage scandaleux d’un prédicateur, orateur de talent, mais amoureux de l’argent et véritablement esclave de Mammon.

 
 
 

Mammon, l’amour de l’argent et des richesses, nous reconnaissons bien là le dieu de ce siècle, dont les hommes se sont rendus esclaves. Ceux qui se livrent à la cupidité sont entraînés toujours plus loin dans leurs convoitises, et bientôt dans l’engrenage du mensonge, de l’envie pernicieuse, de l’insensibilité, et parfois du crime. Le récit que nous publions ici est affligeant, car il touche à la prédication de l’Évangile. Il n’a pas pour but de condamner, mais de rappeler que personne n’est à l’abri des pièges de Satan, celui que la Bible appelle « l’ennemi de nos âmes », « le père du mensonge dès le commencement », le malin qui essaye toujours de séduire au moyen de paroles doucereuses ou de propositions à première vue sages et louables.

Bien-sûr, il peut s’introduire des loups dans la bergerie, qui le sont dès le début, mais il y a aussi des hommes de Dieu qui ont été appelés à le servir mais qui ensuite n’ont pas veillé sur toute leur conduite, et ils sont devenus des ennemis de l’Évangile.

Plus la personne est impliquée dans le service et la connaissance de Dieu, plus subtiles seront les avances de Satan. C’est pourquoi nous devons prendre au sérieux les avertissements du Seigneur quand Il dit, concernant les temps de la fin particulièrement : « Veillez et priez, afin d’avoir la force d’échapper à tout ce qui doit arriver et de paraître debout devant le Fils de l’homme, quand Il paraîtra ! »

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bigquote La tâche qui m’était assignée par Dieu Lui-même venait de m’être révélée dans un éclair de lumière. Dieu m’avait appelé à être un aide ! Cet encouragement m’était donné à point nommé, car il nous arriva peu de temps après une aventure qui, sans cela, aurait pu gâter pour toujours la joie d’aider les autres.

Nous avions comme orateur lors d’une de nos nombreuses campagnes, un évangéliste de l’est du pays, venu sur ce qui nous semblait être les meilleures recommandations. Mais il avait une tournure très étrange pour un évangéliste, avec sa masse de cheveux argentés qui lui tombaient sur les épaules. Dès le début, j’eus l’impression qu’il se préoccupait d’une manière insolite des collectes d’argent, faisant observer à plusieurs reprises que dans d’autres villes, c’était à lui que les offrandes étaient remises directement. Je lui rappelai que nous assumions tous les frais, qu’il n’avait même pas à se soucier de sa nourriture et de son logement puisqu’il était chez nous… Je ne lui cachai pas que chaque campagne nous coûtait des centaines de dollars, avec mon épouse, dont nous n’espérions jamais le remboursement. Lorsque toutes les dépenses les plus importantes étaient couvertes, nous remettions toutes les offrandes aux églises. (Une offrande, que nous appelions « les dons de l’amitié« , était cependant destinée aux besoins de l’évangéliste lorsqu’il nous quittait).

Je lui expliquai tout cela avec beaucoup de détails… Malgré cela, il continua à nous demander à la fin de chaque réunion à combien s’élevaient les offrandes reçues : –« Vous pourriez récolter beaucoup plus que cela, nous disait-il. Vous ne savez pas vous y prendre. Si vous voulez que les gens donnent de l’argent, il faut pincer les cordes de leur cœur. »

-« Mais nous ne voulons pas qu’ils donnent en réponse à notre appel ! Si c’est le Saint-Esprit qui le leur dit, c’est une autre affaire. Et quand il le fait, Il leur met à cœur le montant de la somme qu’ils ont à donner ! »

 
 
 

Aussi étrange que cela paraisse, en dépit de son intérêt beaucoup trop marqué pour l’argent, ce garçon était un orateur « oint du Saint-Esprit et inspiré de Dieu ». Jamais nous n’avions eu autant de monde que cet été-là, jamais autant de conversions, jamais de guérisons plus merveilleuses…

Le samedi de clôture arriva. Plus de dix mille personnes s’entassaient dans l’immense tente pour écouter la prédication très pénétrante qui terminait toute la série. « C’est vraiment un orateur doué » me disais-je, et j’étais heureux pour lui de penser que tout s’était bien passé aussi du point de vue financier, tellement le pauvre garçon paraissait soucieux à cet égard. La fameuse « offrande de l’amitié » avait permis de lui donner une somme suffisante pour financer lui-même plusieurs autres campagnes… Mon regard errait le long des rangées d’auditeurs…

« Les plus riches bénédictions de Dieu… » disait à ce moment-là notre orateur. Ma pensée revint en arrière, lorsqu’il avait dit dans sa prédication : « Dieu ne peut rien vous donner aussi longtemps que vous ne Lui avez rien donné vous-mêmes. Videz vos porte-monnaie, mes amis, afin qu’Il puisse vous remplir de toutes les richesses du ciel ! »

Qu’est-ce que les porte-monnaie venaient bien faire là-dedans ? Il n’était prévu aucune collecte à la fin de cette réunion. -« Qui veut donner ? insista t-il. Que votre don soit un sacrifice, donnez jusqu’à ce que les mains de Dieu soient libres pour pouvoir vous donner à leur tour ! »

 
 
 

Une femme descendit alors une allée et s’approcha de l’estrade. L’évangéliste sortit de derrière le pupitre et se pencha en avant à travers les plantes vertes pour prendre ce qu’elle lui tendait. -« Que le Seigneur vous bénisse ma sœur, s’écria t-il. Dieu va vous bénir d’une façon puissante pour cet acte d’amour ! »

Ici et là sous le vaste chapiteau, d’autres se levèrent et commencèrent à descendre le long des allées. Je quittai la chaise que j’occupais à l’arrière et me laissai glisser en bas de l’estrade. A l’abri de cette dernière, un petit groupe de pasteurs de la ville et de nos collaborateurs était en train de se former. -« Mais où se croit-il ? demanda mon beau-frère. Il n’a aucun droit de faire cela ! » -« Il faut que nous l’arrêtions » dis-je. Mais comment ? L’émotion des gens qui répondaient à son appel était réelle, même si celle du prédicateur ne l’était pas. Il pleurait maintenant en recueillant les offrandes : « Merci, frère !… Dieu vous récompensera, ma sœur !… Dieu vous bénisse…Vous aussi, Vous aussi… »

Que pouvions-nous y faire ? Pendant des semaines ils avaient entendu la Parole de Dieu annoncée par lui, ils avaient vu des guérisons s’opérer en leur présence. A la suite de tout cela un grand nombre d’entre eux avaient donné leur vie au Christ. En démasquant cet homme, n’allions-nous pas démolir leur foi ?

-« Nous allons faire en sorte qu’il ne puisse pas mettre le pied dehors en emportant l’argent de tout ce monde-là » déclara celui qui était à la tête de l’équipe chargée du service d’ordre. L’appel éhonté continua… L’homme poursuivait son incroyable manège. Il insistait pour que chaque donateur fasse son offrande publiquement, en se levant, et en l’apportant « à la vue de tous » pour être comptés au nombre de ceux qui aiment Dieu. En revenant une deuxième fois et même une troisième, on donnait la preuve d’une piété encore plus grande.

 
 
 

La collecte se prolongea pendant une invraisemblable durée de deux heures et demie, longtemps après l’heure de clôture de la réunion. Sur certains visages, ici et là dans l’auditoire, je lus une consternation aussi grande que la mienne. Environ quatre cents personnes avaient quitté la tente, mais la plus grande partie de l’auditoire semblait totalement extasiée de cette performance. Par moment on avait l’impression que tout le monde était debout en même temps et se précipitait en avant pour déposer l’argent dans les corbeilles aux pieds de l’évangéliste.

Quand, finalement, on en arriva au moment où il ne devait plus rester un billet de banque ni une pièce de monnaie dans aucun portefeuille, il baissa la tête pour prononcer une dernière prière. Aussi rapide qu’un commando militaire à la manœuvre, le frère et son équipe s’approchèrent de l’estrade. Avant que notre homme ait eu le temps d’émettre la moindre protestation, ils raflèrent tous les paniers et se dirigèrent vers le fond de la pièce. -« Eh vous là-bas… les frères… bégaya t-il, je suis… je bénis ces offrandes ! »

-« Amen ! » répondirent d’une seule voix les autres en s’éclipsant derrière le rideau qui masquait ce qui nous servait de bureau. Nous étions depuis quelques minutes dans ce réduit en train de compter l’argent quand il s’y précipita, animé d’une telle colère que l’on voyait battre les veines de ses tempes. –« Ceci m’appartient ! dit-il. Tout ceci m’appartient ! »

Il était muni d’une sacoche de cuir à soufflets qu’il plaqua avec violence sur la table. Je n’avais encore jamais vu cette sacoche; il ne l’avait certainement pas avec lui cet après-midi quand nous l’avions amené en voiture. Il l’ouvrit d’une forte secousse et commença à y empiler les billets qui étaient sur la table. Quelqu’un lui empoigna la main et saisit une des poignées de la sacoche.

 

 

-« Ne le touchez pas ! »… C’était ma propre voix qui avait prononcé ces mots. -« Que personne ne mette la main sur cet homme ! » Tous me regardèrent, incrédules. J’étais moi-même aussi stupéfait qu’eux… Il me sembla que j’entendais le roi David prononcer ces paroles, après que Saül se fut détourné de Dieu, lui eut désobéi et pris violemment position contre lui : « Qui pourrait impunément porter la main contre l’oint de l’Éternel… ? » Aux yeux de David, Saül demeurait l’homme à travers lequel s’étaient répandues la puissance et la bénédiction de Dieu, tout comme je les avais vues se répandre à travers notre prédicateur.

Ce dernier entassait les billets dans sa sacoche aussi vite que ses mains le lui permettaient. -« Demos, est-ce que tu vois ce qu’il fait ? -Oui, je vois. -Et tu vas le laisser s’en aller en emportant tout cet argent ?

-Et pourquoi pas ? lui dit l’homme, c’est à moi, n’est-ce pas ? » Il tenait maintenant la sacoche ouverte au-dessous de la table et il y faisait tomber l’argent en balayant cette dernière de son bras. -« Oui, c’est bien à vous en effet, acquiesçai-je, me demandant encore si c’était ma propre voix que j’entendais. Dieu ne se sert pas de pareils procédés pour réunir son argent.

Des procédés… me lança t-il dédaigneusement. Vous n’y connaissez rien… Vous êtes un imbécile. Tous, tant que vous êtes, vous êtes des imbéciles !… Vous avez une chose fantastique qui fonctionne ici, et vous ne vous en rendez même pas compte ! »

Il recula dans la direction de la porte, tâtonnant derrière lui pour trouver la fente entre les rideaux. L’instant d’après il était parti. -« Qu’on le laisse tranquille ! répétai-je. Que ferions-nous de cet argent ? Il n’est pas de Dieu et je ne crois pas que Dieu le bénira. »

Je sentis venir sur moi une grande lassitude… Nous retournâmes dans l’immense bâtiment de toile. La foule continuait à s’écouler lentement en direction des portes. Nous en avions encore pour des heures avant d’être libérés pour la nuit. Il fallait organiser le nettoyage, et ensuite reconduire l’équipe de démontage… J’en avais assez, terriblement assez. J’en étais malade…

 
 
 

A la maison, dans la chambre du prédicateur, il n’y avait plus aucune trace de l’homme qui avait vécu là pendant six semaines… Quand avait-il emballé toutes ses affaires ? Aucun de nous n’en savait rien. Il n’avait dit au-revoir à personne et n’avait pas adressé un mot de remerciement à mon épouse pour ces semaines d’hospitalité.

Pendant six ans je n’entendis plus parler de lui. Puis un matin, il vint et entra dans le grand bureau de notre laiterie. Décharné, pas rasé, misérablement habillé, il avait tout à fait l’allure d’un homme qui n’a pas un centime en poche. Il me raconta sa longue histoire, marquée par la malchance, et me demanda de l’argent pour aller jusqu’à Détroit. Je lui en donnai. Trois ans plus tard, nous apprîmes qu’il était mort.

 
 
 

C’était la première fois, mais ce ne fut pas la dernière, loin de là, que nous nous heurtions au cas étrangement déroutant d’un homme qui exerce un ministère divin extraordinairement puissant en faveur des autres, et dont la vie personnelle est une véritable catastrophe… Pourquoi Dieu honore t-Il le ministère de tels hommes ?… Je n’aurais pas pu le dire. Il y avait en revanche deux choses dont j’étais tout à fait certain : la première, c’est que les fautes de l’instrument humain de la grâce ne peuvent pas faire perdre leur récompense aux gens qui, dans ces réunions, ont donné leur cœur et leur argent à Dieu. La deuxième, c’est que les paroles que j’avais prononcées sans me rendre compte de leur signification demeuraient vraies : -« Ne touchez pas cet homme ! »

Ces hommes sont dans les mains de Dieu… Je pense bien souvent à cette parole que j’avais entendu Ch. Price prononcer avec un tel accent de souffrance : « Les hommes qui sont en première ligne se font blesser ». Chaque fois que cette phrase me revient à l’esprit, je pense aux risques que courent de tels hommes et aux tentations qu’ils ont à affronter, et je me demande si j’avais suffisamment prié pour celui dont je viens de raconter l’histoire. bigquote2

(Source : D.Sh. « Les gens les plus heureux sur terre »)
 
 
 

« Que celui qui croit être debout prenne garde de tomber ! » (1 Cor. 10:12)


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  1. Bonjour ! j’ai lu cet article or par rapport à ce que dit la bible aucun prophète ni apôtre ne demande d’argent (principe d’humilité) contre des guérisons (dons gratuit de Dieu), celui-ci était bel et bien un faux prophète selon Actes des apôtres chapitre 8.

  2. ou encore le chapitre où il est dit pour cette personne « vous avez reçu gratuitement, donnez gratuitement ». J’espère que notre Seigneur Jésus lui a fait miséricorde.

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